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Tout avec modération – une vieille vérité que les investisseurs oublient rarement. Sauf quand le bon devient trop bon. C’est précisément ce qui se passe actuellement avec le marché boursier américain.
Dynamique de l’indice de peur VIX
Le S&P 500 et le Nasdaq 100 ont terminé tout près de leurs plus hauts historiques, tirés par le secteur technologique. Le Cboe Volatility Index est tombé à son plus bas niveau depuis janvier : les investisseurs achètent très peu de protection contre un krach, misant sur une stabilité des marchés dans un avenir prévisible. Un rapport d’inflation plus modéré a contribué à cette dynamique : l’indice des prix à la consommation hors éléments volatils (core CPI) a augmenté de 2,5 % sur un an, son rythme le plus lent depuis mars 2021. Les fabricants de puces ont également soutenu le rallye : l’action Nebius a bondi de 34 % et CoreWeave a gagné 19 %. Les pénuries de puissance de calcul se traduisent déjà par un pouvoir de fixation des prix dans l’ensemble du segment des infrastructures d’IA.
Cependant, derrière cette façade de records se cache une source d’inquiétude inattendue. Selon Bank of America, le deuxième trimestre a été l’une des meilleures périodes de trois mois de l’histoire récente : les bénéfices des entreprises ont augmenté de plus de 30 %. Yardeni Research a relevé son objectif pour le S&P 500 à 8 400, contre 8 250 auparavant, et a porté sa prévision de bénéfices à 375 $ par action, contre 330 $. Le cabinet a souligné que les estimations de bénéfices consensuelles n’avaient jamais été révisées à la hausse aussi rapidement, donnant lieu à un paradoxal « earnings crash » qui propulse les indices américains vers de nouveaux sommets.
Croissance des bénéfices du S&P 500
C’est précisément cette rapidité qui inquiète Wall Street. Un rythme aussi effréné ne dure historiquement pas longtemps. Selon les calculs de Bank of America, la croissance des bénéfices devrait passer sous la barre des 20 % dès le premier trimestre 2027. Les marchés actions sont rarement cléments lorsque la croissance des bénéfices ralentit après avoir atteint des niveaux élevés. Lorsque le BPA progresse au-dessus de sa tendance mais commence à décélérer, le rendement moyen sur 12 mois du S&P 500 tombe à 6,7 %, contre 14 % lors des phases d’accélération, d’après les données de la banque remontant à 1936.
Par ailleurs, il n’y a eu que dix séries de quatre trimestres consécutifs avec une croissance des bénéfices supérieure à 20 % en quatre-vingt-dix ans, et presque toutes ont suivi de profondes récessions des bénéfices, notamment la période du COVID-19 et la crise financière mondiale de 2008. Le marché semble avoir accéléré plus vite qu’il ne l’anticipait, et craint désormais non pas une baisse, mais un ralentissement de son propre rythme.
La Fed, de son côté, gagne en marge de manœuvre : la probabilité implicite de marché d’une hausse du taux des federal funds en septembre s’établit à 40 %, contre 50/50 après la publication des chiffres de l’inflation. La faiblesse du rapport sur l’emploi permet aux colombes du FOMC de se sentir en confiance.
Devons-nous faire confiance à des records bâtis sur des bénéfices qui se sont eux-mêmes emballés ? Je n’en suis pas certain.
Techniquement, sur le graphique quotidien du S&P 500, une configuration en pic et plateforme est en train de se former sur une base 1-2-3. Il est logique de placer des ordres en attente sur la cassure de la zone de consolidation à court terme 7 710-7 770, en achetant au niveau de la borne supérieure et en vendant au niveau de la borne inférieure.